Les thèmes des quatre colloques en détail :
1. L'Union européenne entre l'unité de ses valeurs communes et la diversité de ses cultures
1.1. Les sources de la cohérence entre les sociétés européennes et, par là, de l'Union européenne sont ses fondements culturels communs, ses valeurs partagées, ses convictions éthiques, sa dimension spirituelle. Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, a parlé, en réfléchissant aux valeurs communes et sources spirituelles de l'Europe, du « pardon et de la promesse » quand il a exposé « l'héritage vivant de Robert Schuman », lors du cinquantenaire du « Plan Schuman », en 2000. A la base de ses valeurs européennes, on trouve la personne humaine, avec sa dignité individuelle et sa responsabilité sociale, telle que la Charte des droits fondamentaux la définit et qui a été intégrée dans la deuxième partie du projet de Constitution européenne. La Charte en tant que telle met en lumière une des valeurs fondamentales européennes, la justice, puisqu'elle rend justiciable les droits de la personne. C'est cette personne humaine qui, par sa nature même, est appelée à se comprendre comme « individu libre » autant que comme « citoyen actif » dans les différentes communautés auxquelles il appartient , dont celle de l'Europe. Une valeur fondamentale en est la conséquence : le respect de l'autre dans sa différence – la tolérance. D'autre part, il y a la prise de conscience de la complémentarité des individus et des cultures dans leur diversité – dont résulte la solidarité. La série d'actions proposée par la suite a donc pour objectif l'exploration, la prise de conscience et la propagation des valeurs spirituelles et fondements éthiques de l'Europe à travers ses citoyens.
1.2. L'unité de l'Europe n'est que l'un des deux aspects fondamentaux du processus d'intégration. L'autre est la préservation de sa diversité. L'élargissement de 2004 fait sauter aux yeux que cette diversité, tout en étant une source de richesse inépuisable, constitue également un défi énorme pour la cohérence de l'Union européenne. Elle s'exprime déjà par la multiplicité des langues parlées –l'Union européenne reconnaît d'ailleurs cette diversité en admettant toutes les langues comme langues officielles à droit égal. Mais il s'y ajoutent des traditions, des mentalités, des comportements différents, non seulement entre les membres actuels de l'Union européenne et les nouveaux adhérents, mais aussi entre le nord et le sud de l'Europe – il suffit à cet égard de penser à des espaces de coopération et de communication aussi divers que ceux de la Mer Baltique et de la Méditerranée. De surcroît, l'élargissement nécessite une attention particulière, tant les expériences historiques du siècle dernier sont différentes ici et là. Ainsi, e à titre d'exemple, une expérience que les « occidentaux » ont pu faire a été interdite aux « PECO » : celle de la réconciliation, celle du « pardon et de la promesse ». C'est pourtant cette expérience qui fait la condition sine qua non des premiers pas vers les Communautés européennes. Il s'agissait et il s'agit plus que jamais de se comprendre dans la diversité culturelle, d'organiser un apprentissage communautaire commun, une éducation européenne proprement dite. Pour les nouveaux adhérents, il s'agit de comprendre l'esprit communautaire, pour les ressortissants de l'Europe occidentale, d'une manière générale, il s'agit d'avoir à l'esprit une carte géographique virtuelle colorée en différentes couleurs, c'est-à-dire de reléguer l'idée d'un espace unicolore de l'Europe « de l'est » et de se familiariser avec les particularités des nouveaux pays membres individuellement considérés.
2. L'Europe dans le monde
2.1. Face au monde extérieur, l'Europe doit s'affirmer – et ceci aussi bien vis-à-vis des peuples amis qui partagent les même valeurs fondamentales mais les interprètent et les vivent différemment, que vis-à-vis de cultures qui puisent leurs ressources spirituelles dans d'autres traditions religieuses, philosophiques et éthiques. Ensemble avec ses partenaires, notamment ceux d'Amérique du nord, l'Europe doit faire le double effort de mettre en valeur les sources éthiques communes et leurs expressions, telle la démocratie parlementaire, le respect des droits de l'homme, le respect du droit international.
2.2. Face au monde des autres cultures, avec leurs racines différentes de celles des cultures occidentales et européennes, le même effort de compréhension mutuelle est nécessaire, voire encore plus important puisque sans un tel effort ces différences sont susceptibles de se transformer en sources de conflits. C'est notamment le cas des relations de l'Europe avec l'espace culturel islamique. L'Europe a le devoir, là aussi, d'affirmer ses valeurs et de les proposer aux autres – sans en faire un simple objet d'exportation, bien sûr. Il s'agit de respecter et de faire respecter la diversité des cultures, de reconnaître et de faire reconnaître les droits fondamentaux et le droit en général, d'accepter et de faire accepter la raison (au lieu du fanatisme) comme mode de communication, de négociation, de régulation des conflits. La série d'actions prévue ici vise cette dimension extérieure de l'affirmation d'une identité européenne au même titre que sa dimension interne.